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Article publié par "Le Parisien", le 27/04/2019


Un an après la mort d’Angélique Six, 13 ans, violée et tuée à Wambrechies (Nord) par un récidiviste, la mère et la soeur se confient.



Lille, le 26 avril. Un an apres le meurtre d'Angelique, Corinne Six, sa maman, et Anais Six, sa soeur d'Angelique, ont accepté de se confier. LP/Pascale Égré


Par Pascale Égré

Le 27 avril 2019 à 21h41


Leur douleur se niche dans ces phrases suspendues. Dans les larmes qui coulent, muettes, quand il s'agit d'évoquer l'absence. Le 25 avril 2018, leur fille et petite sœur, Angélique Six, 13 ans, enfant de Wambrechies (Nord), disparaissait. L'effroi. Les vaines recherches. Puis l'horreur. Le corps sans vie retrouvé dans un bois. Violé et meurtri.

Très vite, la police arrête un voisin, David Ramault, un père de famille de 45 ans. Insoupçonnable et pourtant. Il est un homme au lourd passé judiciaire, déjà condamné pour viol sur mineure vingt-deux ans auparavant. En garde à vue, il avoue. Tout. En détail.

Un an après, Corinne Six, 53 ans, la maman d'Angélique, et Anaïs, 22 ans, son aînée, ont accepté de se confier. Le père, Frédéric, n'a pu venir mais leur parole vaut pour les trois tant ils s'expriment « à l'unisson », relève leur avocate Me Audrey Jankielewicz. La rencontre se déroule dans son cabinet, à Lille. Ce même après-midi, sait-on, David Ramault, incarcéré à l'isolement depuis le 28 avril 2018, doit être entendu sur les faits par les juges d'instruction – son premier interrogatoire au fond. Mis en examen pour séquestration, viol et meurtre sur mineure de 15 ans, ce père de famille de 46 ans, chauffeur de bus, avait déjà été condamné pour viol avec arme sur mineure en 1996.

«Ils veulent savoir»

L'avocate confirme et déplore : « Un an après, compte tenu de l'engagement initial du procureur de la République de Lille à ce que l'enquête avance vite, c'est extrêmement long. Et eux attendent. Ils veulent savoir, à la seconde près, comment cela s'est passé. Comment Angélique est partie. Ce qu'elle a vu en dernier… » Elle souligne : « Il n'y aura que sa version, et on le sait depuis le début. Et c'est pour cela qu'il était important qu'il soit interrogé vite. » Corinne et Anaïs Six acquiescent : « On attend. Et ça fait long. » Voici leurs mots.


Comment vous portez-vous ?

CORINNE ET ANAÏS SIX. « On vit au jour le jour. On est resté là où l'on vivait, dans notre quartier. On nous a proposé de déménager mais nous avons dit non, par choix. Il y a tous les souvenirs… Il y a les voisins, les amis… On est toujours très soutenus.


Pourquoi prendre la parole ?

Parce qu'il ne faut pas oublier Angélique. Parce que la justice est lente. Parce qu'il faut que les lois changent, en ce qui concerne la récidive des délinquants sexuels. Il y a des disparitions tous les jours, Angélique n'était pas la première et ne sera pas la dernière. Il faut que les choses bougent. Il faut plus de suivi après une condamnation. Et pas seulement une obligation de confirmer une adresse pour un fichier une fois par an.


Personne, à Wambrechies, ne connaissait le passé de David Ramault ?

Non. Sinon on aurait fait beaucoup plus attention… Au moins il serait bien que les autorités locales soient informées. Le maire, les écoles… À son travail aussi (NDLR : de chauffeur de bus), qu'un casier judiciaire soit demandé. Parce qu'il transportait des enfants. Sa femme faisait partie de l'association de l'école et parfois il aidait. Des personnes comme ça, il ne faut pas qu'elles s'approchent des enfants. Et ça il faut que ça change.


C'est à la télévision, en écoutant une conférence de presse du procureur, que vous aviez appris les circonstances de la mort d'Angélique…

Oui, à la télévision, tout… Nous l'avons très mal pris. Ce qui nous a choqués surtout, ce sont les détails… Plus tard, le procureur nous a reçus. Il s'est excusé, il pensait que la police était venue, c'était ce qui était convenu. Il ne savait pas que nous n'étions pas au courant.


La publication d'extraits d'une lettre de David Ramault à son avocat vous a également bouleversés…

Oui. C'est paru le jour de la fête des mères. Nous n'avons pas compris. Était-ce fait exprès pour nous toucher ? Pourquoi son avocat laisse sortir ça, qui l'enfonce ? Il dit qu'il a hésité « entre l'eau et le feu » (NDLR : pour faire disparaître le corps). Ça, ça reste gravé. Ce qu'il a dans la tête, c'est encore pire que ce qu'on imaginait.


L'enquête vous a-t-elle apporté des réponses ? Sur son absence de récidive, a priori, durant vingt-deux ans notamment ?

Sur ce point pour l'instant non. Sinon oui, nous avons eu quelques réponses, surtout sur qui il était… Mais nous attendons plus. Il a raconté le pire, mais il y a des choses qu'il ne dit pas. Nous ne savons toujours pas où sont les affaires d'Angélique, ses vêtements, son téléphone portable. Son téléphone, on aimerait bien le récupérer. Il y avait sa vie dedans, des petites vidéos avec ses copines, tout ça. Il va aussi y avoir une reconstitution. On sait que ça va être compliqué de l'avoir en face de nous.


Quand avez-vous su qu'il était le suspect ?

Anaïs. Quand j'étais à la PJ le 29 avril au matin. Je l'ai reconnu. Je me suis écroulée. On pensait à un inconnu. Pas à un voisin qui avait habité des années dans le même immeuble. Il était simple, normal, il sortait au parc avec ses enfants… Il cachait bien son jeu.


Comment avez-vous réagi quand sa femme s'est constituée partie civile (NDLR : ce qui a été rejeté) ?

Corinne. J'étais en colère. Pour moi, elle était au courant de son passé. Elle savait où elle mettait les pieds. Elle n'a perdu personne! Elle ne peut pas se mettre à ma place. J'ai perdu ma fille! Elle perdrait un enfant, elle saurait. Surtout… La violence…


Voulez-vous dire quelques mots d'Angélique ?

Angélique, c'était la joie de vivre. Un sourire. Elle avait toujours besoin de nous… Un câlin, un bisou… C'est pour ça qu'on a su tout de suite que ce n'était pas une fugue. On a senti tout de suite que quelque chose n'allait pas… Notre vie a changé complètement. Il y a un vide. Toute notre vie on aura ce vide.


Un procès se tiendra, qu'en espérez-vous ?

Pour l'instant, il n'est que « présumé ». Nous voulons qu'il soit coupable et condamné. Qu'il paye pour ce qu'il a fait.


Une émotion toujours très vive

À Wambrechies (Nord), l'émotion reste très vive. À la demande de ses parents et de sa sœur, une marche d'hommage est organisée ce dimanche depuis leur quartier de l'Agrippin jusqu'au cimetière. Mercredi, le square où elle jouait tant et où David Ramault l'a convaincue de le suivre, sera rebaptisé de son nom. La solidarité autour de la famille, implantée dans cette commune depuis des générations, reste forte. Une association (le sourire d'Angélique) s'est créée, pour relayer leur souhait : « Faire changer les lois sur la récidive. »


La directive nationale de sécurité des activités judiciaires, elle-même approuvée par arrêté du 18 août 2016, a instauré la mise en place de « box sécurisés en salle d’audience : espaces fermés destinés à accueillir les prévenus retenus sous escorte.

Deux types de sécurisation du box détenu sont recommandés :

•    Le premier à vitrage complet du box,

•    Le second à barreaudage en façade avec un vitrage pour les faces latérales côté public et côté Magistrat ».

C’est sur la base de ce texte et sans aucune concertation préalable avec les professionnels de la justice qu’ont été érigées, dans la plupart des Tribunaux et des Cour d’Assises de FRANCE, de véritables cages de verre dans les salles d’audience.  

Malheureusement le Tribunal de LILLE n’a pas échappé à cette édification indigne faite de verre, d’acier et de grillage.

Il ne s’agit pas d’une loi mais d’une simple directive qui est pourtant en contradiction totale avec les principes fondamentaux de la procédure pénale.

La profession d’avocat s’est très ardemment mobilisée contre l’utilisation de ces cages de verre.

Dans une lettre ouverte commune adressée à la Chancellerie le 23 octobre 2017, le Syndicat des Avocat de France et le Syndicat de la Magistrature ont expressément demandé « de faire retirer ces éléments « d’architecture » qui entravent l’accès du justiciable à ses juges et son conseil, nuisent à sa dignité et sont une injure à la présomption d’innocence ».

Au mois d’avril dernier, l’Association Des Avocats Pénalistes, mobilisant de très nombreux Confrères, a mené des actions au Tribunal de Grande Instance de PARIS et obtenu que plusieurs prévenus sortent de ces cages.

https://www.gazette-du-palais.fr/actualites-professionnelles/nouvelle-victoire-des-avocats-contre-les-boxes-vitres-aux-batignolles/

Ce procédé, dont l’objectif est d’abord « économique », porte très violemment atteinte à la présomption d’innocence et à la dignité du prévenu.

Il entrave l’exercice des droits de la défense en empêchant la libre communication entre l’avocat et son client.

Il éloigne le justiciable de ses juges et fait naitre une présomption de dangerosité du prévenu qui est inacceptable.

Le 22 mai 2018, pour la première fois, le Président de la  9ème chambre spéciale du Tribunal Correctionnel de LILLE a ordonné que les onze prévenus, détenus, sortent du box vitré afin d’être jugés.

http://www.lavoixdunord.fr/383924/article/2018-05-25/les-avocats-plaident-avec-succes-dans-le-proces-des-box-vitres

Le Président du Tribunal a repris son autorité sur les débats, comme la loi en dispose, en ajoutant expressément que le Tribunal examinerait dorénavant, pour chaque dossier, la dangerosité potentielle des prévenus afin de décider s’ils comparaitront ou non dans le box.

L’Association des Avocats Pénalistes prend connaissance avec consternation de l’arrêt rendu le 21 novembre dernier par la Cour d’Appel de Douai condamnant notre confrère Frank BERTON.

Me BERTON avait quitté une audience criminelle, en accord avec son client, considérant que l’impartialité de la cour et l'équité du procès n'étaient pas assurées. La Présidente de la Cour tentait d'obliger l’avocat à demeurer en place en le commettant d’office. Me BERTON était poursuivi pour avoir maintenu sa décision de quitter le prétoire, toujours en accord avec son client.

La Cour d’Appel infirme une décision de relaxe du Conseil de Discipline et consacre une vision inacceptable du rôle de l’avocat, allant jusqu’à indiquer que Me BERTON « aurait dû rester présent dans la salle et observer, le cas échéant, le silence si l’accusé lui avait fait interdiction de demeurer à la barre après avoir renoncé à se défendre ».

L’ADAP rappelle que dans un système judiciaire démocratique, un avocat ne saurait être contraint par les juges auxquels il n’est pas soumis et que l'équité d'un procès n'est pas rétablie par la seule présence d'un avocat taisant.

Les avocats sont libres, indépendants et responsables, comme l’a été Me BERTON au cours de cette audience.

L’ADAP manifeste son entier soutien à Frank BERTON et dénonce une décision qui croit pouvoir caractériser une faute dans le comportement d'un avocat qui, au contraire, nous honore.